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Pendant la guerre, le ministère français des affaires étrangères impulse une politique active de propagande en direction des pays neutres, où l’image tient une place importante. Dans ce contexte, les vues de dévastations alimentent un discours qui vise à émouvoir les opinions étrangères, en dénonçant la « barbarie » allemande et en érigeant en martyres des zones emblématiques des fronts français et belge.

Ce type d'images est également utilisé dans le cadre des collectes de fonds auprès des organisations philanthropiques.

Dénoncer la barbarie allemande

Beaucoup d’images réalisées pour les Archives de la planète sont comparables aux images classiques de propagande, utilisées par la SPCA ou dans les milieux intellectuels engagés pour dénoncer les destructions commises par les Allemands.

« La cloche de Barcy », Seine et Marne, 24 février 1915.
Autochrome d’Auguste Léon, inv. A 4924.
« Les fonts baptismaux », Raon-l’Étape, Vosges, 29 avril 1915.
Autochrome d’Auguste Léon, inv. A 5415.
« Panorama de ruines et cathédrale », Reims, Marne, 1917.
Autochrome de Fernand Cuville, section photographique de l’armée et Archives de la planète, inv. A 11 692.
« Nef de la cathédrale », Soissons, Aisne, 30 mai 1917.
Autochrome de Fernand Cuville, section photographique de l’armée et Archives de la planète, inv. A 12 184.
« M. Hivet, curé de Saint-Waast, 86 ans, n'a pas quitté Soissons », Aisne, juin 1917.
Autochrome de Fernand Cuville, section photographique de l’armée et Archives de la planète, inv. A 12 276.

Une image-type : le mur de l’hôpital de Senlis.

« Le mur d’une salle de l’hôpital avec les balles entourant la petite vierge », Senlis, Oise, 26 décembre 1914.
Autochrome de Georges Chevalier, inv. A 4741.
Baron André de Maricourt : « Les cités meurtries : Senlis »
Collection Champs de bataille 1914-1915, éd. Tour de France, Paris, vers 1916, bibliothèque municipale de Senlis.
Baron André de Maricourt : « Les cités meurtries : Senlis »
Collection Champs de bataille 1914-1915, éd. Tour de France, Paris, vers 1916, bibliothèque municipale de Senlis.

Une image-type : les arbres coupés

Section photographique de l’armée : « En territoire reconquis, ce qu’ils ont fait… »
Album de 39 photographies argentiques, 28 x 35 cm, 1917, Bibliothèque nationale de France, source gallica.bnf.fr
Section photographique de l’armée : « En territoire reconquis, ce qu’ils ont fait… »
Album de 39 photographies argentiques, 28 x 35 cm, 1917, Bibliothèque nationale de France, source gallica.bnf.fr
« Arbres fruitiers sciés par les Boches », Bucy Le Long, Aisne, juin 1917.
Autochrome de Fernand Cuville, juin 1917, section photographique de l’armée et Archives de la planète, inv. A 12 347.

Un exemple d’intellectuel engagé : Pierre Loti.

« Et vous, les Neutres, qui ne rougissez pas de laisser commettre tant d’abominations, destinées d’ailleurs à retomber sur vous plus tard, venez donc vous promenez ici, au milieu de nos ruines, - que vous ne vous représentez pas aussi effroyables, je veux le croire, car c’est là votre meilleure excuse. Aux Américains, je n’ai plus besoin de dire : venez, -car voici, ils sont magnifiquement en route (...), au secours de la civilisation et de la liberté. »

Pierre Loti, L’outrage des barbares 

Pierre Loti : « L’outrage des barbares »
Paris, 1917, source gallica.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France.
Pierre Loti : « L’outrage des barbares »
Paris, 1917, source gallica.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France.
Pierre Loti : « L’outrage des barbares »
Paris, 1917, source gallica.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France.
Pierre Loti : « L’outrage des barbares »
Paris, 1917, source gallica.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France.
 

À partir de 1916, Jean Brunhes participe activement à l’effort national de propagande dans les pays neutres. Il donne des conférences en Suisse, en Espagne et ses qualités d'ambassadeur de la cause française en Suisse sont reconnues au point qu'il est proposé (sans que cela aboutisse) à la fonction de consul général pour la durée de la guerre, mis à disposition de l’ambassadeur de France.

albert kahn expo guerre 17 Madrid 1

albert kahn expo guerre 17 Madrid 2

Liste d’autochromes représentant les régions françaises dévastées, projetées à l’occasion d’une conférence donnée par Jean Brunhes à l’ambassade de France de Madrid le 10 mai 1917, registre des projections extérieures n°1 : 1913-1929, pp. 39-40, musée Albert-Kahn.

Obtenir des réparations en compensation des dommages de guerre

Au-delà de la simple dénonciation de la « barbarie » ennemie, les vues de dévastations sont également mises à contribution par la propagande française pour convaincre l’opinion internationale de la pleine et entière responsabilité de l’Allemagne dans le déclenchement du conflit et dans la destruction des territoires qu’elle a envahis. Ceci en vue d’obtenir le versement de réparations en compensation des dommages de guerre, réparations qui permettront de financer le plan de reconstruction et de redressement économique de la France.

« Réunion du comité des banquiers à la commission des réparations », Paris, 10-11 juin 1922.
Camille Sauvageot, film [négatif], réf. AI 95 730.

 

C'est vraisemblablement dans le contexte de l'évaluation des dommages de guerre et du chiffrage du montant des réparations qu'ont été réalisées, par les Archives de la planète, d’importantes séries de films et d’autochromes dans les régions dévastées en 1919 et 1920.

Le comité du secours national, fondé en 1914 à l’initiative d’Albert Kahn pour venir en aide aux victimes civiles de la guerre, est chargé par le ministère des régions libérées d’organiser, le 14 juillet 1919, une « journée des régions libérées » afin de collecter des fonds pour la reconstruction des régions envahies par l’Allemagne.

Affiche pour la souscription en faveur du comité du Secours national », sans date.
Opérateur non mentionné, plaque noir & blanc 12 x 9 cm, inv. I 231 X.
« Affiche, journée des régions libérées », Paris, 10 juillet 1919.
Autochrome de Georges Chevalier, inv. A 17 200.
« Ministère des régions libérées », rue Saint-Honoré, Paris, 10 juillet 1919.
Autochrome d’Auguste Léon, inv. A 18 936.